Elle, c’est Sophie. Fin 2024, Sophie m’envoie un email pour solliciter mon aide afin de s’organiser dans ses entrainements et réaliser ses rêves de performances. Elle précise ne pas être un cas facile à prendre en charge. Avec mon expertise, la suite dira le contraire. Souvent les athlètes pensent qu’ils sont le problème alors que c’est au coach de faire preuve d’un maximum d’adaptation pour que le coaching soit fluide. Elle me dit aussi être « pleine de bonne volonté et de persévérance » et ce sera effectivement le cas, un super état d’esprit ! Elle a de bonnes notions mais elle a aussi conscience qu’un bon coach lui permettra d’optimiser sa progression et d’articuler ses entraînements au mieux.
Triathlète depuis 2016, coureuse depuis le lycée, Sophie a eu quelques périodes de pauses sportives notamment pour l’arrivée de ses 3 enfants. Elle ne recherche pas seulement un technicien mais un coach très humain comme elle qui a conscience qu’un coaching réussi se joue à 2. Elle avait déjà un coach personnel depuis des années mais il ne s’adaptait pas assez à ses contraintes et appliquait uniquement une seule méthode qui fatiguait trop Sophie (volume excessif et mal calibré par rapport à son rythme de vie). Certes, un coach doit avoir un certain nombre d’outils mais un bon technicien doit utiliser les outils ad hoc et même savoir innover.
Une des premières choses que j’ai mises en place est la réduction de son volume d’entraînement en se focalisant sur davantage de séances efficaces et articulées dans le calendrier de manière à ne pas générer trop de fatigue dans le temps. Elle est ainsi passée pour les « petites semaines » de 8/10h à 6h environ et pour les grosses semaines (une dizaine dans l’année) à 10/12 h au lieu de 12/13h précédemment.
Avec l’ancienne programmation de son entraînement, elle devait souvent changer de jour les séances prévues de la semaine pour pouvoir tout faire, ce qui faisait râler son coach… Un coach ne devrait pas laisser transparaître de la négativité. Ça ne signifie pas qu’il faut caresser les sportifs dans le sens du poil mais qu’il faut être andragogue. Pour que la relation parte sur des bases saines, le coach doit aussi bien dimensionner le projet du sportif et évaluer ensemble ce qu’il sera possible ou pas de faire lors du premier entretien plutôt que promettre des choses irréalisables.
Au bout d’un an de préparation, Sophie est au départ du Bayman qui n’est vraiment pas une course facile pour plusieurs raisons : la température de l’eau (3800 m à 14°C), le vent et le dénivelé en vélo (1400 m sur les 180 km), le marathon en partie nocturne par rapport aux Ironmans estivaux. Un peu de mal à dormir les 2 derniers jours, quelques couacs la veille et son ravitaillement personnel absent sur le marathon sont venus pimenter encore plus l’évènement.
Mais c’est aussi pour ça qu’on se lance dans ces épreuves qui ont la « glorieuse incertitude » des efforts qu’on ne maîtrise pas pleinement et mythiques comme l’Ironman. L’Ironman, c’est l’aventure. Et l’aventure, c’est l’imprévu. C’est excitant et ça nous met face à nous-mêmes, à nos capacités du moment et surtout aux ressources qu’on ne soupçonnait pas. Malgré tout ça, Sophie a géré remarquablement pour un premier Ironman.
Je vous livre le final du récit de sa course qui m’a ému parce que je commence à connaître Sophie depuis un an (preuve qu’à distance on peut avoir un coaching très humain) et que ça me parle énormément dans le sens où ce qu’elle vit à ce moment-là est ce qui me fera toujours vibrer quelles que soient les performances :
« J’ai pu admirer le coucher du soleil, j’ai allumé ma lampe et j’ai fait le dernier tour dans le noir. C’était une autre atmosphère, je me sentais fatiguée mais heureuse d’être à quelques kilomètres de la fin. La fameuse pancarte des 35 km allait enfin être pour moi. Je vais pour une dernière fois passer devant cette merveilleuse bénévole [une bénévole en or pleine d’énergie qui la motivait à chaque passage], je suis aux bords des larmes, je lui demande si je peux avoir un câlin et je la remercie infiniment pour sa bonne humeur. Il me reste 6 km et je savoure juste le Mont-Saint-Michel tout illuminé, j’encourage les athlètes qui marchent et sont cramés. Moi je trottine et je réfléchis à quelle figure de style je vais faire en franchissant la ligne d’arrivée. J’arrive au dernier demi-tour au pied du Mont, dernier ravito et ça y est : le panneau 40 km est pour moi. Mon compagnon me retrouve dans le noir et de nouveau des larmes de joie qui montent. Encore 1 km et c’est fini. Je passe dans le couloir, les bénévoles tapent sur les panneaux, je lève les mains et je saute littéralement sur la ligne d’arrivée tellement l’émotion me submerge. 13h31, je l’ai fait, je l’ai vraiment fait. Je vois toute ma famille et je les prends tous dans mes bras et mes larmes coulent enfin. C’était vraiment dur mentalement. Physiquement, ça a été, juste les jambes un peu raides sur les derniers kilomètres. Voilà pour cette expérience incroyable, un vrai ascenseur émotionnel. En tout cas merci pour tous tes conseils et tes entraînements sans lesquels je n’aurais jamais été capable de faire ça. »
