Les cons osent tout, c’est comme ça qu’on les reconnaît

Depuis l’après maladie mondiale dont il ne faut pas prononcer le nom, je me suis remis à faire de la veille sur le contenu publié sur les réseaux sociaux. Ce contenu a explosé depuis 5 ans en termes de quantité mais s’est aussi fortement dégradé en qualité. Manifestement, beaucoup de sportifs ont trop de temps libre, des égos malsains et une cupidité sans limite.

Évidemment on est toujours heureux de tomber sur quelques conseils utiles, quelques réflexions pertinentes mais c’est noyé dans un océan de médiocrité au mieux, d’exemples dangereux au pire.

Donc les algorithmes vont nous mettre en avant :

– La mignonne marathonienne qui termine en milieu de peloton (c’est pas un jugement, c’est une réalité qui compte) et qui nous donne avec une assurance folle les pires conseils du monde pour se blesser pendant sa prépa en déclarant que si ça marche pour elle alors ça marche pour tout le monde.

– Celle qui vient de terminer son premier Ironman à Nice et qui se met en scène à bases de mensonges et d’incitations à prendre des médicaments pendant l’épreuve parce que sinon c’est dur l’Ironman (et en bonus elle dit qu’il faudrait autoriser le drafting parce qu’elle s’est prise une pénalité parce que c’était trop dur).

– Le Youtubeur qui faisait du contenu intéressant au début, qui a maintenant épuisé tous les sujets mais qui continue à publier toujours plus de vidéos et podcasts (qualitatifs sur la forme mais vides sur le fond) parce que maintenant ça rapporte bien avec les pubs, la boutique en ligne, les « coachings » dont les utilisateurs me contactent régulièrement après avoir compris que ça valait ce qu’ils en payaient (pas grand-chose).

– Les comptes qui parlent de l’actualité sportive mais qui ont besoin de faire un maximum de clics pour rémunérer l’équipe derrière donc ça va te gaver de publireportages aussi objectifs que moi quand je te dis que j’ai le potentiel pour gagner le Tour de France, ça va te faire les comparaisons les plus aberrantes entre tels matériels ou tels entraînements (« quel est LE meilleur exercice pour… ») et s’extasier sur toutes les performances sans aucune prise de recul ou de mise en contexte quitte à donner des chiffres carrément faux.

– L’actuel ou ancien sportif de haut niveau qui n’a connu que ça dans sa vie, qui vient t’expliquer comment nager alors que tu n’auras jamais la mobilité d’épaule qu’il a développé depuis tout petit (ou alors celui qui n’a pas l’honnêteté de dire qu’il partait avec une génétique que tu n’as pas), qui ne peut pas se mettre à la place de son audience parce qu’il n’a pas connu la vie de monsieur et madame Tout-le-monde.

– L’intervenant star sur les groupes qui affirme avec une autorité aussi forte que son manque de connaissances et d’expérience qu’il faut faire ou ne pas faire ci ou ça (cette semaine plusieurs « spécialistes » m’ont quand même dit qu’il ne fallait pas mettre ses mains sur les parties plates des cintres de vélo de chrono en montée, merci les gars je repense à vous à chaque fois que je monte à 1500 m/h dans cette position).

Toutes ces personnes ou entités ont très souvent des points communs : des achats de faux followers (au moins au début pour rapidement assoir une crédibilité toute aussi fausse), la quantité au détriment de la qualité (et non on ne peut pas faire les deux, c’est du domaine de la loi de conservation de l’énergie), la forme du contenu prime sur le fond (idem), beaucoup de niaiseries et de techniques de manipulations (à ce sujet, ceux qui ont les plus gros comptes ont un CV qui parle pour eux)… Je vous laisse compléter la liste en commentaires.

J’ai bientôt 36 ans. Ça fait 10 ans que j’évolue à relativement haut niveau en triathlon. J’ai eu une enfance un minimum active comme plein de gamins après l’école au judo ou au foot ou pendant les vacances à l’escalade. Mais ce sont les sports d’endurance qui me passionnaient, en particulier le vélo et la course à pied dès le collège. Je pratiquais peu, c’était surtout la compréhension de tous les aspects de ces disciplines qui m’intéressait pour décrypter le Tour de France et les JO que je prenais un plaisir fou à regarder pendant des heures d’affilée à la télé. J’accumulais des tas de documents d’abord papiers puis numériques que j’annotais, que je triais, que je mettais en lien. J’ai fait de longues et « grandes » études puis j’ai passé 40 à 50 heures par semaine derrière un bureau et en déplacements aux quatre coins de la Corse tout en jonglant avec le sport amateur que j’avais vraiment commencé à pratiquer en me disant à 25 ans « pourquoi pas moi aussi finisher d’un Ironman ».

En parallèle je passais une bonne partie de mon temps au boulot et en dehors à me former et à m’informer, sauf que cette fois il y avait une application concrète à toute cette théorie. J’utilise encore en coaching certains documents que j’ai élaborés à l’époque et qui n’ont pas pris une ride, bien au contraire ils sont remis au goût du jour. 10 000 heures d’entraînements plus tard et au moins tout autant de temps passé à préparer, créer, modifier, analyser, discuter, confronter, apprendre, recueillir, acquérir, développer, j’ai pu mettre ce vécu et ces compétences au service des autres sportifs amateurs, cyclistes, triathlètes et coureurs.

Pourtant, je reste un étudiant du sport. Mon navigateur internet est saturé d’onglets que je passe des heures à lire ou écouter chaque jour. Dans le lot, il y a beaucoup de déchets mais il faut en passer par là pour séparer le bon grain de l’ivraie. Et malgré tout cela, je doute, je remets en question ce que je sais, je ne passe pas mes journées à vous séduire ou à vous refourguer tout ce qui pourra remplir mes poches, je publie peu pour me concentrer sur mes coachings qui ont l’exclusivité. Ce que vous pensez être du contenu gratuit est généralement de la vente déguisée et parfois juste mauvais. Savoir ce qui est bon pour soi est un casse-tête dans ce flux continu de surinformations.

PS : Ce que je fais à l’entraînement n’est pas à reproduire, il faut toujours recontextualiser. Par exemple en ce moment je fais beaucoup de muscu mais je n’en propose quasiment jamais à mes sportifs amateurs qui ont d’abord bien d’autres choses sur lesquelles se focaliser pour optimiser leur temps à leur niveau.

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