BUDGET ET COÛT DE LA VIE : LES DÉPENSES

Parmi les thèmes les plus redondants, il en est un qui capte une attention et attire des fantasmes bien symptomatiques de nos cerveaux lavés à 90° dans des sociétés de l’accumulation du capital et de la croissance infinie. Je veux parler du pognon, du bifton, du pèze, des patates, du flouze, du fric, de la thune, de l’oseille, du grisbi, de la maille, du blé, bref de l’argent. Ce sujet me paraît particulièrement sensible et tabou en France, et notamment dans le milieu sportif, raison de plus pour moi de l’aborder avec un angle personnel et dans une démarche holistique. Si vous n’êtes pas sportif, vous pouvez continuer la lecture parce que l’article s’inscrit dans une réflexion et une volonté sociologique, économique et écologique.

« L’argent ne représente qu’une nouvelle forme d’esclavage impersonnel à la place de l’ancien esclavage personnel. » – Léon Tolstoï

Quand on pense à un sportif de haut niveau ou professionnel, souvent la première chose qui vient à l’esprit est une personne qui dispose de beaucoup d’argent. Ce constat est encore plus valable chez les personnes qui ne baignent pas dans un milieu sportif. Parfois, la première question qu’on me pose est : « Est-ce qu’on arrive à vivre du sport ? ». Peu de sportifs de « haut niveau » (ou pas, puisque depuis l’avènement d’internet il est possible de très bien vivre du sport en ayant un niveau sportif dit moyen) font preuve de transparence, du moins d’honnêteté, sur l’aspect financier du monde dans lequel ils évoluent. À ma connaissance, c’est le Canadien Cody Beals qui a été le premier à aborder en profondeur le sujet sur son site web tout en expliquant ses choix en la matière.

Je note absolument TOUS mes flux d’argent depuis que j’ai 18 ans, ce qui me permet d’avoir un certain recul et une expérience dans le domaine. D’autre part, mes formations et mes activités dans les domaines des sciences et de l’économie m’amènent à tenir une certaine rigueur vis-à-vis de ces données, à en tirer des enseignements bien utiles au quotidien et à déplorer beaucoup trop de dérives. Succinctement, pour chaque poste, je vais vous expliquer les choix que j’ai été amenés à faire en souhaitant que cela vous serve de base de réflexions. Globalement, j’ai tenté de réduire mon niveau de dépenses « raisonnablement » en essayant de conserver une certaine dignité de vie au profit de quelques uns… Réduire ses dépenses globalement masque en fait des disparités : j’ai mis en place à ma propre échelle des choix de décroissance et des choix de croissance pour être mieux engagé dans mon « plan d’action », des choix qui sont aujourd’hui bien plus impactant qu’un bulletin donnant une illusion de démocratie. Alors réduire ses dépenses est probablement une nécessité tant les notions de sobriété, de raison, de frugalité vont devenir incontournables pour parvenir à collectivement vivre dignement ET à radicalement diminuer nos mutilations environnementales. Si regarder autour de soi est primordial et peut se faire à l’échelle individuelle, il est encore plus vital d’aller chercher très au-dessus de soi à l’échelle collective…

Quand j’ai choisi de faire du sport de haut niveau mon métier, j’avais quelques croyances dans le domaine. D’abord, je voyais lors de ma première année de triathlon tous ces types, des pros, des amateurs, sur les podiums, dans les médias, recouverts de logos, de marques, de noms d’enseignes, souvent des multinationales. Mécaniquement, je me disais que ça devait rapporter. J’ai aussi grandi dans une certaine culture de la méritocratie, ce qui n’est pas le meilleur modèle/système mais un des moins pires à mon sens, exacerbée par l’enseignement scolaire et supérieur de l’âge de 3 à 25 ans. Cette représentation de l’individu voyait les conséquences comme quelque chose de linéaire aux causes. En termes plus clairs, dans le sport, la récompense proportionnelle à la progression par exemple. Si jamais vous avez l’ambition de passer de la catégorie amateur à la catégorie pro ou bien de venir d’un autre sport au triathlon, je ne vais pas vous donner l’injonction d’éviter cela comme on a pu me le dire majoritairement a posteriori. Ça, c’est du domaine des étroits d’esprit, peut-être sous les coups d’un mal-être qui les affaiblit plus que d’autres. En revanche, si vous en ressentez l’envie et la motivation, ce que je peux vous dire, c’est : dites « non », ayez de l’ambition, sortez de votre zone de confort, allez-y, prenez des risques, soyez froid ou chaud mais pas tiède, assumez-vous, ne vous laissez pas impressionner par cette société qui est en train de réduire les champs (au figuré comme au propre d’ailleurs).

Voici donc les prévisions 2020 de mes dépenses lissées mensuellement basées sur les dernières années et sur l’inflation que je constate personnellement qui n’a rien à voir avec une inflation statistique bien peu représentative comme sur laquelle j’ai pu travailler à l’époque (pour être trivial : que le prix des télévisions diminue, on s’en fout, en revanche que le prix du beurre ait doublé en 10 ans, là ça compte).

♦ LOGEMENT : 481 €

  • Loyer : 350 €
    Pour un studio vieux de 40 ans dans les Hautes-Alpes, c’est bien assez. Des prix gonflés comme trop souvent en France par le tourisme de masse qui a cet effet commun avec la spéculation immobilière : en louant une trop grande part de logements à des touristes, la part de locations/achats à l’année (l’offre) restante pour la population locale devient faible par rapport à la demande et les prix augmentent pour diverses raisons (manque de maîtrise des prix, avidité, mauvaise évaluation du coût global collectif, etc).
  • Eau et électricité : 50 €
    En l’état du studio, difficile de descendre en-dessous de cette somme. Ça représente cependant une consommation bien en-dessous de la moyenne par habitant, et cela sans pouvoir mutualiser les consommations.
  • Abonnement tél mobile : 25 €
    La concurrence est un leurre, on a affaire à une situation oligopolistique et puis c’est tout.
  • Abonnement internet fixe : 20 €
    Depuis que je suis passé chez Sosh, ça va mieux pour moi. En revanche pour les employés ?
  • Assurance habitation : 21 €
    J’espère que le caviar que je paie aux gros actionnaires leur permet d’améliorer leur triste sort.
  • Divers (équipement principalement) : 15 €
    Avec mes tendances minimalistes en termes mobiliers, je n’ai besoin de rien sauf quand ça devient obsolète…

♦ HABILLEMENT : 5 €

Oui, oui, vous avez bien lu.

♦ ALIMENTATION : 540 €

Là aussi, c’est très sérieux. Ça méritera des détails mais en quelques mots : sain, éthique, écologique, politique.

♦ SANTÉ : 93 €

  • Cotisation mutuelle santé : 28 €
    Au fur et à mesure que le service public se fait démanteler, cette cotisation augmente d’une dizaine de pourcents par an, et encore il s’agit d’une mutuelle (société à but non lucratif dont les membres peuvent participer à l’Assemblée Générale et élire un Conseil d’Administration) et non d’une complémentaire/assurance santé (service proposé par une assurance à but prédateur).
  • Consultations, examens, équipements : 50 €
    L’année 2019 n’a pas été un cadeau à ce niveau-là (plus de 1000 €). Pour voir le verre à moitié plein, on dira que j’ai pris de l’avance sur 2020…
  • Assurance garanties des accidents de la vie : 15 €
    En évaluant les risques liés à mon mode de vie, cette assurance est relativement intéressante.

♦ TRANSPORTS : 255 €

  • Carburant voiture (base de 17 000 km annuel) : 142 €
    Ma participation à la santé financière des PME de l’artisanat pétrolier provençal et alpin.
  • Assurance voiture (tiers intégral) : 58 €
    Le vol tout simplement sur une bagnole à 1000 balles. On touche aux limites des modèles actuaires. On peut obtenir des assurances presque deux fois moins chères mais en général ça coince au moment où elles doivent jouer leur rôle.
  • Entretien voiture (pneus, CT, freins, etc) : 35 €
    RAS. Je fais l’entretien moi-même sauf grosse galère.
  • Péages autoroutiers : 10 €
    Je limite au max les autoroutes pour des raisons évidentes.
  • Stationnements payants : 10 €
    Idem.
  • Vols : ??? €
    Cette année, rien de prévu pour le moment et de toute façon c’est à limiter.
  • Traversées maritimes : 0 €
    Cette année, pas de croisière sur mon yacht de 65 mètres blindé en or qui repose tranquillou dans un port des Îles Caïman, ni même de traversée Corse-Continent.
  • Locations voitures : ??? €
    Ça va de pair avec les trajets aériens.

♦ BANQUE (frais, cotisations, agios) : 10 €

En théorie, ça devrait pas trop mal se passer. J’ai pu intégrer pendant des années les codes de la finance et je sais comment parler à l’oreille des licornes de la monnaie.

♦ SPORT : ???? €

  • Accès piscine : 18 €
    C’est un investissement que je rentabilise plutôt bien et le chlore me le rend bien en décapant ma peau plus blanc que blanc.
  • Accès salle de sport : 0 €
    Cette année, rien de prévu à ce niveau-là, je fais quelques exercices chez moi ou en pleine nature. Le cross training en salle (ou dehors), accompagné par un bon spécialiste comme j’ai pu le connaître à la Réunion à Optimiz Perf (St Pierre), représente un outil de choix pour développer un tas de qualités transférables à tous les sports et se renforcer pour limiter les risques de blessures.
  • Nutrition sportive : 37 € en 2019
    Globalement, tout ce qui est industriel ultra-transformé est à éviter, mais ça peut rendre quelques services ponctuellement à l’entraînement et en compétition.
  • Licence de triathlon : 14 € en 2019
    En désaccord quasi total avec la politique financière de la FFTRI, le prix des licences (notamment la fameuse part fédérale, environ 100 € par an par licencié) est régulièrement remis sur la table à chaque élection par ses détracteurs comme La Fédération de Demain que je soutiens plutôt. Pour 2020, je ne suis pas (encore ?) licencié…
  • Licence PRO Ironman : 72 € en 2019
    Une blague. Le coût des licences PRO de la société Ironman sert en principe à effectuer des contrôles anti-dopage sur ceux qui ont cette licence. Dans les faits, ce sont souvent les mêmes athlètes qui sont contrôlés, ceux qui font partie du « pool » (comprenez des athlètes ciblés comme étant les meilleurs du monde, une vingtaine à l’époque m’avait-on confié). J’ai de forts doutes sur une utilisation intégrale du coût des licences PRO pour détecter du dopage. À noter que cette licence permet de faire toutes les courses des labels Ironman et Ironman 70.3 où il y a une catégorie PRO, encore faut-il avoir le budget pour aller à droite et à gauche.
  • Licence autres clubs (natation, vélo, course à pied) : 0 €
    Limitation des dépenses, sinon ce serait sympa d’être dans un club de vélo en vélo de chrono ou de course à pied en mini-short.
  • Inscriptions compétitions hors label Ironman : 42 € en 2019
    La multinationale Ironman n’étant pas encore le maître du monde sportif, il reste et il apparaît des courses de grande qualité et à forte valeur ajoutée. Celles-ci ont un coût (en général inférieur au label Ironman) et même si parfois les organisateurs que je remercie, conscients des difficultés de la plupart des athlètes haut niveau (rappelons que la moitié des meilleurs athlètes français sélectionnés aux Jeux Olympiques de Rio 2016 vivaient sous le seuil de pauvreté), dans une démarche de solidarité, accordent la gratuité de l’inscription ou un peu plus, il arrive que des organisations n’aient pas cette politique (d’ailleurs la marque Ironman en fait partie) ou bien que je ne sollicite pas des organisateurs de courses locales pour conserver un minimum de solidarité financière.
  • Hébergements compétitions : 46 € en 2019
    Avec le temps, j’ai développé des compétences solides pour trouver des hébergements quasi idéaux à moindre coût. Le prix à payer, c’est évidemment le temps et l’énergie passés dans les recherches.
  • Stages/Structures d’entraînement : 0 € en 2019
    Bien sûr que dans l’idéal quelques stages en altitude et au chaud seraient profitables, mais pour le moment ce n’est pas compatible.
  • Préparation physique, psychique et autres services de suivi de l’entraînement (Strava, Tacx) : 20 € en 2019
    La majorité des dépenses vient de quelques séances liées au côté psychologique que j’ai faites en fin d’année. 2020 sera dans les mêmes eaux.
  • Dépenses d’information et de communication (site internet, matériel…) : 14 € en 2019
    RAS. C’est moi qui gère tout.
  • Matériel et entretien natation : 77 € en 2019
    Pas de sponsors. Cependant, on comprend aisément que le triathlon attire des pratiquants aux revenus moyens de 4000 € par mois.
  • Matériel et entretien vélo : 223 € en 2019
    Idem.
  • Matériel et entretien course à pied : 66 € en 2019
    Idem.

TOTAL : 1402 € PAR MOIS

Cette somme est celle sans les dépenses liées au sport. Comprenez cela comme si j’inscrivais 0 € dans la catégorie SPORT ainsi que dans les sous-catégories Vols et Locations voitures, ce qui est le cas à ce jour pour 2020. Voilà donc un exemple de véritable coût de la (sur)vie aujourd’hui en France si on veut vivre dans une certaine dignité au quotidien mais sans pour autant d’extras. Pas de cinémas, pas de voyages, pas de sorties payantes, etc.
Le SMIC ? 1200 € de miettes. Elle est où la moulaga (=l’argent pour les lecteurs les plus subversifs) ? Chez une poignée de parasites, les vrais, pas ce que pointe la télé (chômeurs, étrangers de toutes situations, fonctionnaires, etc) comme étant ceux qui volent l’argent des honnêtes Français qui se lèvent le matin et qui représentent une goutte dans un océan de sang pompé par un tout petit pourcent de psychopathes.

Si vous avez des questions ou des remarques constructives, y compris vis-à-vis de votre propre situation, je m’y ferai un plaisir d’y répondre et d’échanger avec vous. Idem si vous avez des idées ou des bons plans, ça m’intéresse. Partageons le savoir. Observons, informons-nous, formons-nous et agissons ensemble pour adopter massivement des paradigmes vertueux.

Rédigé par Romain Garcin

I am a dedicated & passionate French-born, self-made, self-taught, Athlete, Entrepreneur, Consultant. I discovered triathlon in 2015 after completing 2 brilliant master’s degrees in science & economics and working as a project leader. From 2016, I compete professionally on the IRONMAN, Challenge & independent circuits in over 50 events worldwide, I won and achieved overall podiums on long distance triathlons, duathlons, individual TT and running races.

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